Le taux d’occupation (T.O.) des EHPAD, indicateur essentiel de la viabilité économique des établissements, a connu une baisse significative depuis la crise sanitaire de 2020. Cette évolution, influencée par divers facteurs, soulève des questions sur la pérennité du modèle économique des EHPAD en France.
I. Une baisse marquée depuis la crise sanitaire Avant la crise du COVID-19, les taux d’occupation étaient stables entre 95 et 98%. Toutefois, entre 2019 et 2023, le taux moyen est passé de 93,4% à 88,8% selon la CNSA. La chute la plus brutale a eu lieu entre janvier 2020 et janvier 2021, où le taux est passé de 93,4% à 86,9%. Cette baisse s'explique par la forte mortalité liée au COVID-19 et par l’arrêt temporaire des admissions.
En 2021, une timide reprise a été observée, mais la publication du livre Les Fossoyeurs et l’affaire Orpéa ont accentué la méfiance du public envers les EHPAD, impactant négativement les admissions.
II. Un redressement inégal depuis 2023 Certains EHPAD publics ont amorcé une remontée des taux d’occupation, comme le révèle la Fédération Hospitalière de France (FHF) : de 93% en 2021, à 94,4% en 2023. Les EHPAD privés non lucratifs ont aussi connu une amélioration, tandis que les EHPAD commerciaux affichent des résultats contrastés (entre 93 et 95%). Certains groupes, comme Clariane et emeis, enregistrent des taux inférieurs à la moyenne nationale.
III. Des disparités régionales significatives La baisse des taux d’occupation varie selon les régions. L’Île-de-France, les Hauts-de-France et l'Auvergne-Rhône-Alpes ont connu les plus fortes baisses (-5 à -7%), tandis que la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie et les Pays de la Loire ont été moins affectées (-3 à -3,5%).
IV. Facteurs influençant la stagnation des taux
Facteurs d'entrée :
Impact prolongé du COVID-19 sur les admissions.
Défiance du public suite à l’affaire Orpéa.
Stagnation démographique des 85 ans et plus jusqu’en 2028.
Politiques de maintien à domicile renforcées (Ma Prime Adapt', aide à domicile, résidences services).
Difficultés de recrutement des directeurs d’EHPAD, impactant la gestion des admissions.
Facteurs de sortie :
Hausse du nombre de décès et réduction de la durée moyenne de séjour.
Augmentation des coûts des EHPAD (+4,4% en 2023), rendant difficile le maintien des résidents.
Réduction du pouvoir d'achat des familles, accentuant les sorties prématurées.
V. Solutions pour stabiliser les taux d’occupation
Assouplir la gestion des lits : permettre l'interchangeabilité entre hébergement temporaire et permanent.
Valoriser l'EHPAD comme solution d'urgence et de sortie d'hospitalisation en supprimant le reste à charge pour les séjours courts.
Améliorer la transparence : publier les évaluations et inspections pour restaurer la confiance du public.
Alléger le coût pour les résidents : revoir le financement des EHPAD en basculant certaines charges sur la section Soins.
Suspendre la minoration des financements en cas de taux d’occupation inférieur à 95% jusqu'à 2028.
Créer un Observatoire des taux d’occupation pour suivre les tendances et anticiper les besoins.
La baisse des taux d’occupation des EHPAD depuis 2020 est multifactorielle, entre impacts de la crise sanitaire, défiance publique et mutations démographiques. Une reprise structurelle est attendue à partir de 2028 avec l’augmentation des plus de 85 ans, mais des actions immédiates sont nécessaires pour stabiliser le secteur. L’adaptation des modèles économiques, une meilleure transparence et des dispositifs de soutien ciblés pourraient contribuer à enrayer la désaffection des EHPAD.
(Source : "L’évolution des taux d’occupation en EHPAD depuis la crise sanitaire", Think Tank Matières Grises, octobre 2024.)